Le contrat-nature Grand Rhinolophe (2001-2004)
Présentation du programme
1. Suivi des colonies d’hivernage et de reproduction
2. Protection des sites d’hivernage et de reproduction
3. Acquisition de matériel de vidéosurveillance
4. Une campagne "droit d'asile dans les églises et les bâtiments publics"
5. Sensibilisation
6. Synthèses scientifiques et formation
Perpectives

Présentation du programme
Grand rhinolophe – Hivernage

carte 1 figure 1
En Bretagne occidentale comme partout, le Grand rhinolophe est une espèce de chauve-souris extrêmement menacé.

Le bassin versant de la Rade de Brest (carte 1) présente encore tous les éléments qui lui sont vitaux: nombreux gîtes d'hivernage et de reproduction, bocage, pâtures, boisements de feuillus et zones humides localement préservés qui lui assurent des terrains de chasse de qualité.

Cette vaste entité géographique, sur laquelle le Groupe Mammalogique Breton travaille depuis plus de quinze ans, accueille environ 2000 Grands rhinolophes en hivernage, soit plus de 50 % de la population régionale et environ 7 % de la population nationale (ROS, 2002), essentiellement le long du Canal de Nantes à Brest et dans la Presqu’île de Crozon (NICOLAS et BOIREAU, 2001) (Figure 1).

Le bassin versant de la Rade de Brest comporte 17 gîtes de reproduction (combles d’églises ou de châteaux), et 96 gîtes d’hivernage (anciennes mines ou ardoisières, souterrains, blockhaus), 4 assurant les deux fonctions à la fois.


C’est pourquoi le GMB a mené un Contrat-Nature intitulé “étude et sauvegarde des populations de Grands rhinolophes du bassin versant de la Rade de Brest” (2001-2004), réalisé par le GMB et cofinancé par la Région, les Conseils Généraux du Finistère et des Côtes d’Armor et l’Europe. Il s’articule autour de six volets, certains s’inscrivant dans la continuité, d’autres engageant des actions innovantes.
Suivi des colonies d’hivernage et de reproduction
Des comptages directs des individus en léthargie hivernale ou en sortie de leur gîte de reproduction sont menés selon un protocole strict. Pour trois sites, le Contrat-Nature a permis l’acquisition de thermomètres enregistreurs: les variations de température sont mises en relation avec celles des effectifs ou des emplacements de la colonie.

Protection des sites d’hivernage et de reproduction
figure 2
carte 2 figure 3
Aménagement GMB – grille amovible
grille de protection posée à l’entrée d’une ancienne ardoisière dans les Côtes d’Armor.

Avant le démarrage du Contrat-Nature, 44 % des Grands rhinolophes dénombrés en hiver dans le bassin versant de la Rade de Brest l’étaient dans des sites non protégés. A la fin du Contrat-Nature, ce chiffre est tombé à 16 % (figure 2), mais des mesures de protection sont en cours sur plusieurs sites non encore protégés.

Durant le Contrat-Nature, le nombre de sites protégés a augmenté de façon constante (figure 3). De 16 en 2000, il est passé à 36 en 2004, soit une augmentation de 125 %.

Les outils utilisés pour garantir la pérennité des colonies sont multiples, et de nombreux sites cumulent deux types de protection:

- ils peuvent être réglementaires (les six églises connues pour abriter des colonies de reproduction sont à l’heure actuelle protégées),
- contractuels (conventions avec des propriétaires publics ou privés),
- fonciers (le GMB a acquis une parcelle contenant un puits d’ardoisière et une autre contenant un bâtiment),
- et enfin physiques (grilles à barreaux horizontaux, trappes d’accès, réouverture de combles d’église…) (cf. carte 2).

Etant donné l’état alarmant des populations de Grands rhinolophes, la protection des seuls gîtes existants ne suffit plus. Pour augmenter les potentialités d’accueil de la zone d’étude, le Contrat-Nature a permis d’engager une mesure nouvelle, inspirée des méthodes de nos collègues britanniques du Vincent Wildlife Trust, la création de gîtes:

- l’un a été aménagé en décembre 2004 à partir d’un ancien bâtiment technique de France Télécom récemment acquis par le GMB (obturation des ouvertures, pose de nichoirs…) dans les Monts d'Arrée.

- un bâtiment éclusier du Canal de Nantes à Brest a lui aussi été aménagé pour les chauves-souris à l'automne 2004, et deux bâtiments d'une ancienne usine hydroélectrique situés eux aussi en bordure du Canal vont prochainement bénéficier de tels travaux.

- enfin, un bâtiment sera construit de toute pièce sur une propriété du GMB en bordure du Canal de Nantes à Brest.

Le premier projet bénéficie d’un cofinancement de la Fondation Nature et Découvertes. Celle-ci sera également sollicitée pour le dernier projet.

Acquisition de matériel de vidéosurveillance
Le Contrat-Nature a rendu possible l’acquisition de matériel de vidéosurveillance, qui permettra l’observation d’une colonie de reproduction, dans le but à la fois d’acquérir des connaissances sur le comportement, mais aussi de fournir des images pour la sensibilisation.

Ce matériel, acquis fin 2003, n’a pour l’instant pas pu être installé dans le site prévu initialement (l’église de Lopérec), la colonie ayant disparu du fait d’une prédation par une chouette effraie. La configuration des autres sites n’a jusqu’à présent pas permis l’installation de l’équipement, mais celui-ci trouvera vraisemblablement sa place en 2005 ou 2006.


Une campagne "droit d'asile dans les églises et les bâtiments publics"
Maison forestière du Manoir
Maison forestière aménagée pour les chauves-souris dans le Finistère
Un échantillon de cinq églises et deux maisons forestières, dont les combles étaient jusqu’alors hermétiques aux chauves-souris, a été réouvert pour accueillir des Grands rhinolophes et d’autres chauves-souris, de manière à densifier le réseau de gîtes potentiels pour la reproduction. Les premiers résultats sont encourageants : dans les maisons forestières, une vingtaine de Grands rhinolophes s’est installée.

Dans les églises, les résultats ne sont pas aussi rapides, mais des Oreillards (Plecotus sp.) et des Sérotines communes (Eptesicus serotinus) ont été notés dans plusieurs églises, et un Grand rhinolophe a été observé à Saint-Goazec, prouvant la fonctionnalité du dispositif.

Sensibilisation
Affiche Plaquette
Outre des animations et des expositions régulièrement organisées et la participation à divers salons et colloques, outre de nombreux articles de presse, interviews radiophoniques et télévisés, le Contrat-Nature a permis de créer des outils diffusés à grande échelle (affiche et plaquette “sauvons le Grand rhinolophe en Basse-Bretagne”).

Synthèses scientifiques et formation
>>> Bibliographie

Stage VWT – analyse de guano
analyse du régime alimentaire du Grand rhinolophe lors du stage de mai 2002 sur les techniques d’étude des populations de Grands rhinolophes

Le Contrat-Nature a permis l’acquisition de connaissances et de techniques d’étude : des recherches bibliographiques ont été menées, aboutissant à la publication nationale de deux synthèses scientifiques, l’une sur le traitement des charpentes et les chauves-souris (BOIREAU, 2000), l’autre sur les incidences des antiparasitaires du bétail sur les populations d’insectes coprophages et de chiroptères (CAROFF, 2003).

En partenariat avec le Vincent Wildlife Trust, fondation britannique de protection des mammifères sauvages, ont été réalisés deux événements :

- stage de formation aux techniques d'étude des terrains de chasse et du régime alimentaire du Grand Rhinolophe (radio-pistage et analyse du guano), en mai 2002 à Lopérec et Brasparts (29) à l’attention de bénévoles et de salariés d'associations de protection de la Nature du Grand ouest (CAROFF, 2002).

- voyage d’étude dans le sud-ouest de l’Angleterre des sites à Grands et Petits rhinolophes protégés par le VWT, afin de s’inspirer de certaines techniques pour la protection de sites bretons (avril 2003) (BOIREAU et GREMILLET, 2003).

Ces deux événements ont d’ores et déjà trouvé une application en Bretagne, puisqu’une étude des terrains de chasse de la colonie de reproduction de l’église de Landeleau (29) est en cours (hors Contrat-Nature) (BOIREAU et GREMILLET, à paraître).

Ayant pris fin en décembre 2004, le Contrat-Nature a fait l’objet d’un rapport final (CAROFF, 2004).

Perspectives
Grand rhinolophe en vol

Le Contrat-Nature a permis d’acquérir de nombreuses informations sur les populations de Grands rhinolophes du bassin versant de la Rade de Brest (localisation, effectifs, zones de chasse...), de protéger les sites majeurs, de former des salariés et des bénévoles du GMB à de nombreuses techniques d’expertise, et d’engager une importante campagne de sensibilisation.

Pour poursuivre cet élan, il est nécessaire de continuer le suivi des populations, et d’aller plus loin dans la recherche, en étudiant les liens entre les colonies (baguage), les comportements des animaux (par la vidéosurveillance), ainsi que le régime alimentaire et les terrains de chasse, notamment dans des milieux originaux (landes littorales...). Il est également vital de poursuivre la protection des gîtes d’hivernage et de reproduction et la création de nouveaux gîtes. Les nouvelles connaissances acquises permettront d’engager la protection des terrains de chasse. Enfin, l’effort de sensibilisation et de communication doit être maintenu.


Remerciements

Le GMB tient à remercier ses partenaires : le Conseil Régional de Bretagne, l'Europe et les Conseils Généraux du Finistère et des Côtes d'Armor.


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