Les chauves-souris -
ou chiroptères (du grec cheiro : "main"
et ptère : "aile") - sont les seuls
mammifères volants au monde. En breton, chauve-souris se
dit askell-groc'hen (aile de peau) ou logodenn-dall (souris aveugle).
Animaux dépourvus de tout comportement constructeur, les
chauves-souris dépendent entièrement des abris naturels
ou construits par l'Homme.
Les chauves-souris constituent
un groupe de mammifères remarquables, dont la morphologie
est caractérisée par une hypertrophie des membres
supérieurs constituant l'ossature à la fois souple
et rigide d'une fine aile de peau. Seuls mammifères volants
en Europe, les chauves-souris sont strictement nocturnes et insectivores,
participant ainsi à la régulation et à l'équilibre
des populations d'insectes.
Longtemps méconnues des hommes, leur assimilation au monde
mystérieux et inquiétant de la nuit leur a valu,
comme à certains rapaces nocturnes, une mauvaise réputation
entachée de légendes injustifiées. Symboliquement
elles représentèrent, dans l'univers judéo-chrétien,
les tourments de l'enfer, au contraire des oiseaux dont les blanches
ailes honoraient l'imagerie du paradis céleste.
Cependant les chauves-souris, totalement inoffensives, méritent
une attention toute particulière.
Parfaitement adaptées à la vie nocturne, elles y
évoluent avec souplesse et rapidité, visualisant
avec leur sonar le paysage environnant. Elles détectent
et localisent leurs proies en émettant, par la bouche ou
le nez selon les espèces, des ultrasons qui leur reviennent
en écho après avoir heurté un obstacle (émission
d'ultrasons). A l'affût ou en plein vol, elles peuvent
ainsi déterminer la taille et la nature des insectes recherchés.
Pour en savoir plus sur les différentes espèces de chauves-souris, consultez les fiches espèces
Un
cycle biologique lié aux saisons
Actives durant
la belle saison (avril à septembre), principale période
d'activité des insectes qui constituent leur unique ressource
alimentaire, les chauves-souris s'établissent dans les
gîtes indispensables à leur reproduction. Elles ne
construisent pas d'abris, mais en fonction de la préférence
de chaque espèce, les femelles gestantes colonisent des
endroits chauds, calmes et sombres comme des arbres creux, des
greniers, des ponts ou tout autre espace favorable. Dans ces gîtes
de mise bas les femelles donneront naissance à leur unique
petit de l'année, qui sera autonome dès la fin de
l'été.
Cette faible prolificité est compensée par une longévité
très importante. Un Grand rhinolophe peut vivre 30 ans,
et une Pipistrelle commune 15 ans. Mais cette stratégie
de reproduction ainsi qu'une maturité sexuelle tardive
(à l'âge de deux ans) induit un renouvellement très
lent des populations. Ceci rend les chauves-souris particulièrement
fragiles face aux agressions et perturbations modernes (destruction
des habitats, banalisation des biocides, pesticides et métaux
lourds).
Dès l'émancipation des jeunes à l'automne
et avant la disparition des insectes, la saison des amours, prélude
au long sommeil hivernal, se traduit par des mouvements de populations
et des regroupements vers de nouveaux gîtes.
En hiver, lorsque la température extérieure devient
fatale aux insectes, les chauves-souris, pour pallier cette absence
de proies, gagnent des sites d'hivernage. Ce sont généralement
des sites souterrains leur garantissant une température
positive (8 à 10° en moyenne) et une hygrométrie
indispensable pour éviter le dessèchement de leur
membrane alaire. Leurs fonctions vitales se ralentissent, leur
température interne baisse et varie entre 0 et 10 °C,
leur permettant ainsi, en limitant leurs dépenses énergétiques,
de survivre à la disette.
Si l'accouplement se déroule à l'automne, la fécondation
n'a lieu qu'au printemps suivant, les femelles conservant le sperme
dans leurs voies génitales. C'est à la fin de la
léthargie hivernale que se déclenchera la fécondation,
et après huit semaines environ de gestation, le jeune naîtra
en début d'été, période la plus favorable
aux chauves-souris car les insectes abondent.
Des
espèces menacées de disparition
Chauves-souris piégées par un grillage
Prédation
Restes de feu dans une
cavité
Zones de cultures intensives,
des milieux défavorables
aux chauves-souris
La
survie des chauves-souris dépend de la préservation
de leurs gîtes...
En France, toutes les espèces de chauves-souris sont protégées
par la loi, il est interdit de les détruire, de les transporter,
mortes ou vives, ou de les commercialiser. Mais la loi de protection
de la nature ne peut suffire face aux multiples menaces qui pèsent
sur les populations.
L'une des principales est la disparition de leurs gîtes,
en particulier celle des sites de reproduction essentiels au renouvellement
des populations. La rénovation des bâtiments anciens,
le traitement chimique des charpentes, l'aménagement des
combles et des greniers, les travaux d'isolation, constituent
autant de mesures qui limitent les espaces disponibles pour les
chauves-souris anthropophiles (Pipistrelle commune, Grand rhinolophe,
Sérotine commune).
Eté comme hiver, leur gîte doit être aussi
exempt de tout dérangement. L'été, en effet,
les chauves-souris très farouches risquent, en quittant
leur gîte, d'abandonner leurs jeunes de l'année,
mettant ainsi toute la colonie de reproduction en péril.
L'hiver, la visite de cavités abritant des chauves-souris
en léthargie peut provoquer le réveil des animaux
et déclencher une surconsommation de précieuses
calories pouvant leur être fatale.
... et de leurs terrains de chasse.
Comme beaucoup d'insectivores, les chauves-souris, en raison de
leur position dans les chaînes alimentaires, sont très
sensibles à l'évolution des milieux. Les restructurations
paysagères (arasement de talus, coupe à blanc,
assèchement de zones humides), la monoculture agricole
ou forestière (enrésinement), appauvrissent la faune
entomologique et donc diminuent la disponibilité de proies
indispensables aux chauves-souris. De la même façon,
l'utilisation massive et la banalisation des biocides (produits
phytosanitaires en agriculture, herbicides en voirie, P.C.B. et
métaux lourds dans l'industrie, sans oublier tous ceux
utilisés dans les jardins et les habitations : insecticides,
fongicides, herbicides, participent à la disparition des
insectes ou à leur empoisonnement. Ces pratiques déséquilibrent
les chaînes alimentaires et condamnent les chauves-souris.
Les chauves-souris colonisant tous les milieux, leur disparition
est révélatrice non seulement de la raréfaction
des grands espaces naturels, mais aussi d'une détérioration
générale de notre environnement.